AMSTERDAM ou L'IMPARFAIT DU SUBJECTIF
par Gérard MONNIER‑- BESOMBES
Si l'on est pour une Europe
véritable, sincère et crédible, on ne peut être qu'opposés aux ratifications
successives de Traités molassons qui ne font que fuir en avant dans une Europe
réduite à sa vision monétariste. Le Congrès de Versailles en ratifiant les
imperfections du Traité d'Amsterdam, fait que la France consacre le manque
d'ambition de la construction européenne actuelle.
Bien entendu, les Ecologistes apprécient les évolutions
positives des législations nationales sous l'impulsion européenne. Sans Europe,
il n'y aurait probablement pas de "voitures propres", de plans de
traitement des déchets, d'aides à l'agriculture respectueuse de l'environnement,
de réseau Natura 2000, ni de reconnaissance des langues
"minoritaires". Mais il ne s'agit que de politiques sectorielles, car
les politiques communes sont limitées et les processus de décisions disparates.
Pour les "choses sérieuses" (PAC, normes de
productions, aides diverses,..) la base législative est le Règlement qui a
valeur contraignante. Pour les autres domaines, notamment (environnement,
déchets, transports,...), la plupart du temps, il ne s'agit que de Directives,
dont le but est d'être traduit à terme dans les droits nationaux. En cas
d'infraction, de rares procédures aboutissent à des condamnations rarement
dissuasives. L'exemple de la Directive 79/409 sur la protection des oiseaux
sauvages, toujours bafouée 20 ans après son adoption, est évocateur...
En revanche, dès que l'on touche à des politiques
structurantes comme par exemple la fiscalité écologique, la Commission en
arrive au bout de quelques années à ... retirer sa proposition !
Il en est de même pour les modalités de décisions, suivant
que les Etats membres considèrent comme une politique commune tel ou tel
secteur d'activité. Cela se traduit par des prises de décisions en Conseil des
Ministres, soit à la majorité qualifiée, soit à l'unanimité. Longtemps les
Ecologistes ont dénoncé le fait que les mesures environnementales relèvent de
l'unanimité, permettant à un seul pays de bloquer le processus. Le résultat est
que l'on assiste à un nivellement par le bas des approches normatives et des
domaines d'application. Que ce soit en matière de libre circulation ou de
vaccination, il est aussi difficile aujourd'hui à un ostéopathe de s'installer
dans un autre état, que de faire admettre à un pays d'accueil que ses enfants
puissent ne pas être "protégés" par le BCG. De surcroît, les pays qui
ont rejoint l'Union disposent trop souvent de dérogation à la carte qui
interdisent l'harmonisation (Autriche, Suède,..)
De même, la nouvelle disposition (co décision), tendant
à renforcer les pouvoirs du Parlement, est réservée aux politiques rendues
nécessaires à la réalisation du marché unique (art 100 A), C'est ainsi que la
position du PE d'imposer la voiture propre a pu être obtenue. Cette base
juridique a permis au PE de tenir le bras de fer l'opposant au Conseil des Ministres,
via la Commission de Bruxelles, ...
car il était inenvisageable
(sic) d'avoir un marché unique de voitures européennes ayant des qualités
normatives différentes ! Mais, force est de constater que les initiatives
positives européennes ne sont que les parents pauvres des politiques lourdes de
l'Union et sont, à maints égards, des actes de bonne conscience en lieu et
place d'une véritable volonté d'améliorer les modes de vie et de comportement
des européens, réduits au rôle de consommateurs passifs.
En 92, le "Oui" à
Maastricht pouvait s'admettre, pris dans le cadre du référendum plébiscitaire
voulu par Mitterrand et confiant dans les engagements de réformes promises pour
la Conférence Inter Gouvernementale suivante. Cette naïveté n'est plus de
mise. En actant Amsterdam, on leurre les européens en leur faisant croire à
l'édification d'une Europe politique, là où on déshabille des Etats au profit
d'une logique commune exclusivement monétariste. Même en considérant les
dispositions qui visent à permettre au Parlement un meilleur contrôle des
textes législatifs européens, la mesure n'y est pas.
C'est la subjectivité des
intérêts nationaux qui est en cause, car les Etats ne voient l'Europe qu'avec
les yeux du marché et de ses subventions.
Mais ils sont loin de
répondre à ses injonctions. Ainsi, le droit communautaire est en permanence
bafoué (plus de 400 infractions par an) et les résolutions politiques restent
la plupart du temps lettres mortes, comme l'ont montré les tristes exemples de
la guerre du Golfe ou de l'ex Yougoslavie.
La duplicité des Etats est
grande de laisser l'Europe s'enfoncer dans l'impasse. Car qu'est ce donc,
sinon une impasse, que le serpent de mer de la réforme instititionnelle
toujours promise, mais jamais réalisée ? Déjà à 12, le bilan était amer : les
conséquences désastreuses de la PAC (désertification du territoire, médiocrité
des produits, empoisonnement des sols,...), l'impuissance en matière de
politique étrangère rappelée plus haut, les détournements de fonds
communautaires prétendument structurels,...
Comment envisager la
poursuite de l'élargissement quand les 12 meilleurs élèves de la classe ont été
si peu capables de cohésion et de volonté communes ? Comment repousser sans
cesse la réforme de fonctionnement des institutions, instaurant un exécutif
responsable devant le PE, afin d'éviter des parodies de censure inabouties de
la Commission ? A quand la reconnaissance du droit d'initiative législatif au
PE comme dans n'importe quel autre parlement ? Pourquoi ne pas remplacer le Conseil
des Ministres (qui fait office de
chambre unique) par un Sénat des régions européennes ? Enfin, comme dans
tout processus contractant, lorsque l'une des parties ne tiendrait pas ses
engagements, il faudrait doter les institutions européennes de pouvoirs de
sanctions financières et juridiques réellement dissuasives.
L'Etat de la construction européenne est trop précaire et
risqué pour continuer de consentir à une technocratie aveugle des transferts de
souveraineté. L'Europe fédérale décrite par Denis de Rougemont, même si elle
doit rester notre objectif asymptotique, n'est pas crédible aujourd'hui du
moins, tant que l'Europe n'aura pas su se donner une identité politique
respectée. La tenacité en matière de construction européenne devrait conduire à
emprunter une voie qui concilie l'exigence de souveraineté des Etats et un
nouvel engagement européen. Cette étape passe par l'adoption d'un nouvel acte
fondateur européen qui tourne la page du Traité de Rome, pour ceux qui peuvent
et souhaitent faire vie commune.
Lors, pour ses relations extérieures, l'Europe devrait
s'imposer des critères discriminants qui lui permettre d'exclure les pays qui
ne respectent pas les Droits de L'Homme, ni les critères sociaux et
environnementaux en vigueur en Europe.
Proposition
de délibération :
Le CN réuni le 30 janvier 1999, rappelle l'attachement des
Ecologistes Indépendants à la construction européenne, mais considère que celle ci
n'a d'avenir qu'avec la réalisation des mesures suivantes :
1 Le renforcement du
rôle des Régions.
2 L'application
effective du principe de subsidiarité.
3 L'établissement
d'un véritable bi camérisme parlementaire, passant par :
a) la résorption du déficit
démocratique européen, en donnant au PE, le droit d'initiative législative
(Directives) et le plein pouvoir budgétaire.
b) la disparition de la
règle de l'unanimité dans les processus de décision, la capacité de signer les
Traités internationaux, la mise en application des Règlements et des Directives
dans les délais votés (plus de transcription en droit national).
c) Dans le domaine des
compétences, l'Europarlement agirait en matière d'environnement et de
protection de la santé publique, de politique agricole, de solidarité entre les
régions, de relations extérieures et de défense commune,..
Les domaines de l'énergie,
des transports, de l'emploi, de l'enseignement de l'économie, de la recherche,
seraient uniquement soumis à l'harmonisation des politiques existantes, dans le
cadre de Directives cadres.
Pour renforcer l'implication des Parlements nationaux, sans
pour autant leur accorder un droit de véto, il conviendrait d'instituer un
principe de régulation, sorte de "sonnette d'alarme", permettant à
plusieurs pays de se regrouper afin d'entraîner la suspension d'une décision à condition
d'élaborer, dans un délai précis, une proposition de substitution.
4 L'instauration
d'une 2e chambre et la dissolution du
Conseil des Ministres actuel. Ce Sénat des Régions d'Europe serait élu
démocratiquement au scrutin direct sur base de circonscriptions régionales.
5 La désignation d'un
gouvernement européen, remplaçant la Commission exécutive actuelle, qui
disposerait du droit d'initiative réglementaire uniquement. Il serait composé
de parlementaires et de fonctionnaires. Son président serait élu par le PE.
POUR UNE EUROPE DES REGIONS
Les Ecologistes Indépendants
rappellent leur attachement à la construction européenne, mais considèrent que
celle ci n'a d'avenir à ses yeux que dans le cadre d'une nouvelle
constitution définissant les mesures suivantes :
1 Le renforcement du
rôle des Régions.
2 L'application
effective du principe de subsidiarité.
3 L'établissement
d'un véritable bi camérisme parlementaire, passant par :
a) la résorption du déficit
démocratique européen en donnant au PE, le droit d'initiative législative
(Directives) et le plein pouvoir budgétaire et au citoyen, le droit de saisine
direct la juridiction européenne (CJCE).
b) la disparition de la
règle de l'unanimité dans les processus de décision, la capacité de signer les
Traités internationaux, la mise en application des Règlements et des Directives
dans les délais votés (plus de transcription en droit national).
c) Dans le domaine des
compétences, l'Europarlement agirait en matière d'environnement et de
protection de la santé publique, de politique agricole, de solidarité entre les
régions, de relations extérieures et de défense commune,..
Les domaines de l'énergie,
des transports, de l'emploi, de l'enseignement de l'économie, de la recherche,
seraient uniquement soumis à l'harmonisation des politiques existantes, dans le
cadre de Directives cadres.
Pour renforcer l'implication des Parlements nationaux, sans
pour autant leur accorder un droit de véto, il conviendrait d'instituer un
principe de régulation, sorte de "sonnette d'alarme", permettant à
plusieurs pays de se regrouper afin d'entraîner la suspension d'une décision à
condition d'élaborer, dans un délai précis, une proposition de substitution.
4 L'instauration
d'une 2e chambre et la dissolution du Conseil des Ministres actuel. Ce Sénat
des Régions d'Europe serait élu démocratiquement au scrutin direct sur base de
circonscriptions régionales.
5 La désignation d'un
gouvernement européen, remplaçant la Commission exécutive actuelle, qui
disposerait du droit d'initiative réglementaire uniquement et dont le chef soit
nommé par le PE et responsable devant lui. Il serait composé de parlementaires
et de fonctionnaires.
Délibération adoptée par le CN
réuni le 30 janvier 1999.