II

 

 

Dans le monde varié et passionnant des champignons, plus encore que dans celui des hommes, on ne doit pas se fier aux apparences. Certains, au-delà d’un aspect terne ou repoussant, se révèlent d’excellents comestibles. D’autres, en revanche, cachent derrière une noble allure et une livrée colorée une menace qui peut être mortelle. Parmi ceux-là l’amanita phalloides détient un triste record. C’est une des espèces les plus toxiques et c’est, sans conteste, la plus meurtrière. L’amanite phalloïde n’est certes pas le seul soldat de ce bataillon funeste, mais trois atouts essentiels lui ont conféré le rôle de chef incontesté des espèces mortelles ; certaines sont rares, d’autres sont trop petites ou trop insignifiantes pour tenter un ramasseur néophyte, d’autres enfin recèlent une trop faible quantité de poison pour provoquer la mort à moins d’en ingérer des quantités importantes, difficiles à rassembler en une seule cueillette. Le roi des champignons vénéneux est exempt de ces défauts : on le trouve partout, il est beau et appétissant, et un seul individu peut tuer plusieurs personnes !

 

Sa seule faiblesse, qui heureusement met à l’abri de son pouvoir meurtrier toute personne prudente et sensée, est l’impossibilité de le confondre avec une espèce comestible. Chez les amanites on trouve le meilleur et le pire ! L’oronge, bolet des césars, le meilleur champignon au monde pour les connaisseurs, peut dans certains cas être confondue avec la magnifique amanite tue mouche, d’ailleurs nommée aussi fausse oronge, qui ne provoque qu’un délire hallucinatoire passager. Mais ceux pour qui elle est familière ne peuvent être abusés par la ressemblance. Quant à l’amanite panthère, très toxique, elle est très semblable à la délicieuse golmotte, ou amanite rubescente. Pourtant, les gens qui connaissent l’une et l’autre ne se trompent jamais. Et ceux qui ont la modestie de reconnaître leur ignorance délaissent systématiquement tous les exemplaires du genre amanite, aisément reconnaissables à leur anneau autour de la tige et à la volve à la base du pied.

 

Si les intoxications bénignes peuvent frapper n’importe qui, les accidents mortels ne sont dus qu’à l’inconscience ou à l’imprudence. Ils atteignent plutôt les enfants ou les ramasseurs occasionnels, le plus souvent des citadins qui croient que tous les champignons sont comestibles. Il arrive aussi qu’une récolte déjà vérifiée soit contaminée par un gamin qui ajoute dans le panier rempli de cèpes et de girolles une amanite phalloïde qu’il aura ramassée et mise dans sa poche pendant la promenade en forêt avec ses parents. Mais dans ce cas il faut, pour que l’accident ait lieu, que la personne qui va cuisiner les champignons ne remarque pas l’intrus. Les circonstances pouvant provoquer de tels accidents sont, on le voit, assez improbables ; pourtant l’amanite phalloïde tue, chaque année, quelques dizaines de personnes.      

 

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