La lettre
des écologistes
Février
Mars 2001 N° 47-48
Spéciale
“vache folle”
N° 47-48 - spéciale “vache folle”
février - mars 2001
SOMMAIRE
Des victimes et des responsables (p.1)
Quelques informations sur l’ESB (p.1)
L’agriculture intensive, rentable ?(p.1)
La veau, sous-produit du lait ! (p.1)
Que des victimes, pas de coupables (p.2)
L’ESB, une aubaine pour le PNB (p.2)
Un énorme problème de déchets (p.2)
Contrôles de l’Etat. Plaidoyer pour une
suspicion légitime (p.3)
Farines - Pas cher - Le ministère
français de l’agriculture accusé de rétention d’informations - Au nom de la
République (p.3)
Pour un nouveau contrat entre les
agriculteurs, la France, l’Europe et le Monde (p.4)
La politique agricole commune :
il faut chasser les marchands du temple
(p.4)
Se nourrir autrement (p.4)
Des victimes et des responsables
a
soudaine explosion des cas de vaches folles que nous connaissons depuis le mois
de juillet n'est pas, comme certains pourraient le croire, une recrudescence
spontanée de la maladie, mais la conséquence de la mise en place des contrôles
: s’il y avait moins de cas avant, c’est tout simplement qu’ils n’étaient pas
recherchés ! Autrement dit, nous avons tous, peu ou prou, mangé de la vache
plus ou moins folle.
La “vache folle” n’est pas une psychose
injustifiée : c’est une catastrophe écologique que l'on peut qualifier
littéralement de crime contre l'humanité.
Malentendu
: les écologistes de la première heure, dans les années 70, étaient sincèrement
persuadés que le monde agricole allait être un allié naturel. N’était-il pas
évident à cette époque encore, que le paysan était le citoyen le plus proche de
la nature, auprès duquel on allait se former? Erreur ! Le monde rural,
dévalorisé par la culture classique du roi-soleil, Louis XIV, s’est engouffré
dans le mythe de la société moderne et de son dieu, le Progrès. Un certain
nombre de gros agriculteurs a vite compris que l’Europe pouvait être (sic) une
“ vache à lait ” avec un rendement déjà faramineux ! Les paysans authentiques
se sont tus ; leurs successeurs ont d’abord donné un coup de balai effarant (4
millions d’agriculteurs en 1950, 600 000 aujourd’hui) et se sont engagés dans une
agriculture industrielle qui avait pour eux l’attrait de la modernité ; ce
monde agricole “officiel” regarde les écologistes comme des ennemis.
Depuis
moins d’une quarantaine d’années, les européens, les occidentaux, peuvent
manger de plus en plus, tout ce qu’ils veulent et dans les quantités qu’ils
souhaitent à n’importe quelle saison. Mais, ce qu’ils mangent est de plus en
plus insipide voire dangereux. Cette enième crise sanitaire succède aux veaux
aux hormones, aux poulets à la dioxine, aux listérioses et autres
salmonelloses… et qu’en sera-t-il des aliments transgéniques ? Les crises sont
aussi économiques. L’effondrement des prix à la production n’est pas répercuté
aux consommateurs qui sont sollicités, en tant que contribuables, pour combler
les pertes des producteurs.
Dans
l’histoire humaine, on s’aperçoit qu’il faut du temps pour remettre en cause
une organisation en place, ce qui est le cas du système agricole actuel. L’homo
consommatus a suivi et supporté toutes les crises en fermant les yeux.
Aujourd’hui, avec la vache folle, on n’est même pas sûr d’y échapper en
changeant de fournisseur. Les agriculteurs qui ont des pratiques saines ne sont
pas forcément épargnés par les
épidémies : comme toujours dans l’histoire humaine, ce sont les innocents qui
paient le plus lourd tribut.
La “ vache folle ” est en train de faire
exploser le système,
parce
que cette fois-ci, se nourrir peut tuer, dans des conditions atroces.
L’affaire
était tellement dangereuse que les autorités, nationales ou européennes, ont
essayé pendant longtemps d’étouffer l’affaire. Quand des voix courageuses ont
commencé à briser le mur de silence, les autorités ont suivi les réflexes
traditionnels : traiter les conséquences et non les causes. Maintenant encore,
les dispositions qui sont prises ont plus pour objet de rassurer les
consommateurs sur ce que l'on veut leur vendre que de leur assurer une
véritable sécurité alimentaire.
Mais
la consommation chute, les agriculteurs restent avec leurs troupeaux, toute
l’industrie de la viande sombre dans l’inactivité et l’Europe risque de se
trouver en faillite tellement ça va coûter cher!
Et
cela commence à tracasser nos
politiques … L'ardoise pourrait s'élever entre 6 et 9 milliards d'euros sur trois
ans. Le budget européen est incapable de suivre. Tout cet argent doit servir à
quoi ? abattre... encore abattre... détruire toutes les bêtes ... renflouer
financièrement la filière en faillite... L'objectif est bien de soutenir les
cours, et un secteur économique, ce n’est pas nous préserver de la maladie.
Nous
sommes victimes de cette crise, et comme consommateurs et comme contribuables.
Les responsables qui ont conduit l’agriculture dans cette impasse, en
produisant ou en commercialisant de la m..., sont à nouveau indemnisés.
“Il
faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger…” Molière se sert de cet
adage dans “L’avare ” pour faire rire, les comiques étant ceux qui prennent
cette vérité de bon sens à rebours. Aujourd’hui, on nous intime l’ordre de manger du bœuf pour soutenir
l’économie et la filière! (à leur décharge, ça fait longtemps que l’industrie
nous oblige à acheter des produits inutiles et fabriqués pour une durée de vie
limitée pour son seul profit) et l’on veut nous faire payer toutes les erreurs
commises par la filière (toujours à leur décharge, c’est aussi le contribuable
qui a comblé le déficit du “Crédit Lyonnais” et d’autres groupes totalement
privés - voir d’où provient la fortune de M. Seillières, patron des patrons).
Nous
parlions de catastrophe écologique en introduction, parce qu'à vouloir modifier
un comportement biologique (vache = herbivore), on a déclenché un processus
incontrôlable. Nous avons aussi utilisé le terme de crime contre l'humanité. En
effet, aujourd'hui le prion est disséminé sur toute la planète.
Des animaux sauvages sont déjà contaminés
! Combien de personnes sont susceptibles
de l’être aussi ?
L'objet
de ce numéro spécial est de rappeler quelques informations, porter quelques
accusations, et proposer d'autres voies pour
que l'agriculture soit raisonnable pour être durable !
L’agriculture intensive, rentable ?
Les aides
annuelles à l’agriculture française s’élèvent à 170 milliards de francs.
Les subventions européennes à la poudre
de lait à 2.35 milliards de francs dont 1 pour la France. Chaque kilo de poudre
avalé par un veau coûte 4,69 F aux contribuables. En 1997 les exportations de
viande bovine ont coûté 10 milliards.
En 1980,
la valeur ajoutée de l’agriculture était de 113,6 milliards, celle des
industries agroalimentaires de 78,8 MF. En 1999, elles sont respectivement de
200,9 et 212,20 MF. Pendant la même période, la population agricole active est
passée de 1 869 000 à 910 000 personnes .
En 1998,
l’agriculture française a utilisé 4,8 millions de tonnes d’engrais chimiques
dont 2,01 d’azote. Pour produire cet azote à raison de 2 l de fuel par kg, la
France a utilisé 4,02 millions de tonnes d’équivalent pétrole !
Le veau, sous-produit du lait !
Pour
qu'une vache produise du lait, il faut qu'elle fasse un veau auquel la nature a
destiné le lait. Comme l'Europe produit beaucoup de lait, elle produit aussi
beaucoup plus de veaux que les Européens ne peuvent en consommer. Plutôt que de
limiter la production de lait aux besoins de la consommation, ce qui
diminuerait le nombre de veaux, nos gouvernants ont imaginé diverses solutions
pour gérer les excédents d’animaux :
• une
partie importante du lait, subventionné à sa production est, après écrémage,
transformé en poudre enrichi au suif et
autres graisses animales. Moyennant de nouvelles subventions, il alimente les
veaux enfermés dans des ateliers hors sol !
• le poids
"normalisé" des veaux pour leur abattage a été diminué de 15 %. Ainsi
à tonnage de viande égal, il faut plus de veaux !
La prime
"Hérode", (770 f par veau de moins de 8 jours transformé en poudre),
peut être activée en cas de situation exceptionnelle. La France a mis ce
dispositif en place en 1996. Pour profiter au maximum de cette manne publique,
SICA-DOUBS a acheté des veaux à vil prix en Espagne pour les abattre à Valdahon
dans le Doubs !
Quelques informations sur l’ESB
L’ESB
(Encéphalopathie Spongiforme Bovine) fait partie des E.S.S.T.(Encéphalopathies
Spongiformes Subaiguës Transmissibles). Elle s’est développée en Angleterre sur
les bovins durant les années 1980, et chez l’homme comme forme nouvelle de la
maladie de Creuztfeldt Jacob (nv MCJ) dans les années 1990.
On a
d’abord envisagé une cause virale.
L’hypothèse retenue aujourd’hui est la déformation de protéines - des prions-
naturellement présentes dans le métabolisme cellulaire de la plupart des
espèces, animales. C’est parce que ce type de protéines est commun à plusieurs
espèces que sa transmission entre ces espèces est possible.
Des études
récentes en laboratoire ont mis en évidence l’hypothèse de porteurs, réputés
sains, qui peuvent transmettre la maladie. Cette connaissance devrait conduire à interdire de donner des
farines potentiellement contaminées aux porcs, poulets…
Ni virus
ni bactérie, le prion résiste au formol, à l’irradiation, à la stérilisation
classique ... L’agent de la tremblante du mouton peut survivre dans le sol
pendant 3 ans et pendant une heure à une chaleur sèche de 360°.
Les races
animales qui ont été contaminées, soit par l’alimentation soit par des
expériences de laboratoires sont très diverses : bovins domestiques, oryx,
bisons, chats, guépards, pumas, ocelots, tigres, porcs, ovins, caprins, souris,
visons, ouistitis, macaques …
Transmission
L’ESB a
été provoquée, dans 98 % des cas observés en Angleterre, par l’ingestion d’aliments contenant des farines de viande
et d’os ou de la graisses animales insuffisamment chauffées “pour ne pas
altérer leur efficacité nutritive”. En Grande Bretagne les mesures
d’interdiction des farines animales, à partir de 1988 pour les bovins et 1990
pour tous les animaux d’élevage, ont fortement fait chuter les cas, qui n’ont
cependant pas baissé autant que prévu.
Un
anglais, Monsieur Purdey a constaté une corrélation entre les régions où la
maladie s’est développée avec les régions ou a été imposé l’éradication du
varron, un parasite des bovins. Selon Jean Coulardeau, animateur de la
coordination nationale contre l’éradication du varron pour une agriculture
responsable, les autorités publiques auraient elles aussi fait ce constat
depuis un bon moment.
Virulence du prion dans les farines animales
Le prion
infectieux semble d’une redoutable virulence. Les bovins ne consommaient que 10
à 20% d’aliments composés qui ne comportaient eux-mêmes que 3,5% de farines
animales soit 0,35% à 0,70% de la ration alimentaire. L’autre mode de
contamination reconnu est la transmission dite “ verticale ” de la mère au
veau.
La
transmission à l’homme par voie orale est attestée par la nouvelle variante de
la MCJ. (forme rapide et précoce de MCJ
qui a atteint des personnes jeunes.)
Monsieur ROY Andersen, de l’université d’Oxford, estime que pour une
vache infectée qui alimente 200 000 assiettes, moins de deux consommateurs sont
contaminés.
Les tissus
à risques chez le bovin, sont par ordre d’importance : les tissus nerveux, la
cervelle, le cervelet, le thymus (ris de veau) la moelle épinière, les
ganglions, les yeux, la dernière partie de l’intestin grêle (l’iléon), le
pancréas et la rate. A eux tous responsables
de 99,7% de l’infectiosité.
La durée de l’incubation
Chez le
bovin elle irait de 2 à 17 ans. L’âge moyen auquel la maladie se déclare est de
5 ans et 3 mois. Ainsi, les bêtes qui tombent malades cette année en France ont
été contaminées en 1995 alors que les farines animales étaient interdites pour
les bovins.
L’ESB ne
provoque pas l’apparition d’anticorps dans l’organisme comme une infection microbienne ou virale. Il n’y
a pas de réponse connue du système
immunitaire au prion. L’analyse de sang, pour le moment, ne révèle rien. On ne
sait reconnaître l’ESB que dans sa forme terminale en analysant les tissus du
cerveau.
Cependant,
La Semaine vétérinaire du 23.9.2000 rend compte d’une étude britannique qui
révèle que l’agent de l’ESB a été transmis
par transfusion de sang “total” d’un mouton en incubation à l’un de ses
congénères sains. Cette expérience pose
la question du risque de transmission par transfusion sanguine.
Le taux de
contamination a été révélé par la mise en place de tests systématiques sur les
animaux à risques durant le deuxième semestre 2000.
Autrement
dit, le taux de contamination a été jusqu’ici fortement sous-évalué.
Que des victimes ! Pas de
coupables ?
En Franche-Comté, "PRIONS
!"
a
Franche-Comté, réputée pour ses verts
pâturages, est une région où l'élevage extensif aurait dû être développé pour
la plus grande sécurité et satisfaction des consommateurs et le confort de ces
herbivores que sont les bovins. Or nos responsables agricoles en ont décidé
autrement.
En 1996,
pour éviter un renouvellement de “crises”, les agriculteurs francs-comtois
avaient promis plus de transparence dans l’information des consommateurs
et la reconsidération de certaines
méthodes de production bien que - affirmaient-ils - “notre région de pâturage
ne fût pas concernée par la vache folle”!
L'actualité
dramatique que nous connaissons aujourd'hui démontre que l'opacité s'est
poursuivie pour cacher une réalité catastrophique. Le dépouillement du journal
agricole franc-comtois "La Terre de Chez Nous" fait apparaître la
part de responsabilité qui incombe à la profession mise sous la tutelle de la
FNSEA. Au fil des articles apparaît l'encouragement au productivisme pour
valoriser la Montbéliarde dans le cadre d'une compétition forcenée avec les
autres races laitières.
Autant de lait avec moins de vaches et beaucoup moins de paysans !
Sous
différents titres élogieux, "La Terre de Chez Nous" fait savoir :
•Qu’entre 1994 et 1995 la
production laitière des vaches sélectionnées a augmenté en moyenne pour la
Montbéliarde de plus 85 kg (5821 kg), pour la Prim'Holstein de plus 180 kg (7
102 kg) et la Normande de plus 31 kg (5
062 kg).
•En 1999, “ tous les
sommets sont atteints ”, la moyenne de production pour les 54 meilleurs
élevages français de Montbéliardes est de 9248 litres !
•
“Envie”, fille de “Tatars-Umotest” a produit 13.904 litres de lait pour sa
troisième lactation !!!
Entre 1988
et 1998, pour une collecte de lait équivalente, le cheptel est passé de 262.100
à 215.880 vaches. Pendant cette période le nombre d'exploitations laitières est
passé de 4.132 à 2.950 ! L’augmentation moyenne de production par vache a été
de + 21 % en 10 ans.
Ces
performances surréalistes sont obtenues par le cumul d'une sélection très
poussée et de l'utilisation de concentrés protéiques. Le développement de la
productivité a pour objet la diminution du prix des "produits de base pour
l'industrie" qui permet d'augmenter la compétitivité et les marges de l'industrie
agro-alimentaire et de la grande distribution.
Le meilleur des mondes en terre de
chez nous !
L'insémination
artificielle permet une sélection très poussée. Elle a pour objet d'augmenter
la production par vache afin de diminuer le nombre de bovins pour produire le
même quota. Ainsi la sélection va permettre de faire des économies
substantielles en aliments : la nourriture apporte l'énergie nécessaire pour
assurer et le fonctionnement biologique de la "machine" (la vache) et
la production de lait. En diminuant le nombre de "machines" on
diminue d'autant le besoin de protéines de "fonctionnement". C'est
pas humain, c'est "économiquement rationnel"!
Les
éleveurs sont entretenus dans un esprit exacerbé de compétition et de
productivisme. Ils sont invités à choisir les géniteurs qui leur permettront
d'augmenter leur productivité afin, qui sait, de monter sur le podium des
meilleurs, à l'instar de SOCOBEM avec sa vache "ETUDE" meilleur taux
azoté du concours spécial d'Aix les Bains.
Cette
sélection comporte de très graves dangers dont nous n'avons pas encore eu à
connaître toutes les conséquences : 14 taureaux suffisent en l'an 2000 à
inséminer 391.086 vaches. Avec 27.934 demi frères et demi sœurs cette sélection
conduit à un appauvrissement génétique et à une dangereuse consanguinité qui
font courir des risques futurs difficiles à évaluer. Quant on sait qu'il y a
une variante héréditaire de la maladie de Kreusfeld-Jacob humaine ... Les
éleveurs connaissent dès à présent de nombreux problèmes avec ces vaches :
lactations trop courtes ou trop longues, fatigue importante des animaux qui ne
peuvent plus refaire leurs réserves pendant leur tarissement/grossesse, santé
fragile, accidents de vêlage dû à leur épuisement, durée de vie beaucoup plus
courte : moins de 7 ans ... et qui sait peut être aussi certains cas d'ESB qui
ne s'expliquent pas par la nourriture?
Pas folle la vache !
(Titre
repris dans la Terre de chez nous). Pour produire autant de lait il faut aussi
que l'alimentation soit suffisamment riche pour que l'on puissent faire entrer
dans la panse les protéines que l'on fait sortir par les pis de ces vaches
"usines à lait"! Il faut concentrer pour faire ingurgiter plus
!
La
"Terre de chez nous" nous apprend comment sont nourries nos
Montbéliardes dans notre verte et fertile Franche-Comté. Un éleveur cité en
exemple “ je dispose de 37 ares de pâturage par vache, ce qui est
relativement important ??? La fumure azotée
(de ces prairies) est restée modeste ... sans dépasser 60 unités/ha à ce
jour (en juin) ... de toute façon je compte sur l'apport d'ensilage pour
compléter le pâturage ... j'ai un stock d'ensilage qui me permettra de
distribuer 10 kg par jour jusqu'au 15 septembre ... le silo à maïs reste
toujours ouvert ... chaque vache reçoit en moyenne 5-6 kg d'ensilage maïs par
jour ... 1 à1,5 kg de foin ... 2,5 à 3 kg de concentré type VL 18 ... “ Cet
élevage modèle a un potentiel de production annuelle par vache estimé au mois
de juin à 7875 litres par an !!! Des observateurs ont remarqué (en juin) une
tendance à diminuer la distribution de concentré pour adapter la production aux
quotas ... Cette tendance aurait été moins sensible (en tous cas plus tardive )
en zone de montagne ... ce qui démontre que l'utilisation des fameux concentrés
se pratique aussi bien en plaine qu'en montagne. Il ne faut donc pas être
surpris que des cas d'ESB se déclarent à toutes altitudes ... Pour aider à
digérer cette alimentation concentrée, (c'est vrai que ça doit être lourd dans
la panse) les industriels proposent
"l'utilisation de deux "pro biotiques" issus des biotechnologies
: l'un augmente la digestibilité et le rendement des nutriments l'autre réduit
les taux d'ammoniac et autres odeurs dans les locaux d'élevage ..."
En 1997,
soit un an après la précédente crise de la vache folle, une grande coopérative
agricole comtoise proposait par une info technique "deux aliments pour
ruminants qui complémentent les rations à base d'ensilages de foins et de
pailles et optimisent les fermentations ruminales et valorisent au maximum la
ration de base." Ces produits miraculeux comportent en plus 30 à 40% de
protéines et 13 à 18% de sucres ... L'info proposait d'ajouter "1 à 2 kg
de concentré pour obtenir des croissances de 400 à 600g pour les génisses d'élevage
..."
La mise sur orbite des vaches
laitières !
L'Est
Républicain du 16 octobre 1998 nous faisait connaître la technique du
"drenchage" sous le titre "Quand les vaches deviennent des
usines à lait". Le "drenchage" a été imaginé par un éleveur
américain ancien professeur d'université dans l'Ontario. Il permet d'accélérer
la reprise de la production laitières après le vêlage. Il consiste à faire
ingurgiter 30 litres d'eau additionnée d'un cocktail nutritionnel, notamment du
monopropylène-glycol. La publicité qui vente les mérites de ce cocktail
merveilleux commercialisé sous l'appellation "Lactaline" précise
"Le drenchage, c'est la mise sur orbite de la vache laitière sur la courbe
de lactation la plus haute". Il
semble que certains éleveurs aient fait une confusion avec l'éthylène-glycol
qui est de l'antigel toxique. Avec tout ça on se demande qui est le plus fou
des bêtes ou des hommes !!! Heureusement, ces derniers ne sont pas encore
recyclables en poudres alimentaires !!!
Les affaires sont les affaires !
En 1991,
soit un an après l'interdiction des poudres de viande pour l'alimentation des
bovins (juillet 90) et deux ans après l'interdiction d'importer des poudres
viande anglaises (03 août 89), la TDCN nous apprend "que la fédération
nationale des coopératives de production et d'alimentation animales (Syncopac)
"a demandé la suppression du contingentement des produits de substitution
des céréales qui pénalisent les régions éloignées des ports" ???
"Avec un chiffre d'affaires global de 40 milliards, l'industrie de
l'alimentation animale se situe au troisième rang des industries
agro-alimentaires derrière l'industrie laitière et l'abattage du bétail ...
L'industrie française d'alimentation du bétail avec 18,25 millions de tonnes a
connu une progression de 4% en un an ... Cette performance a été acquise par le
développement des aliments pour vaches laitières ... Les coopératives agricoles
tirent leur épingle du jeu"... Avec leurs filiales elles contrôlent 45%
des tonnages fabriqués en France ...
Des dérogations
En 1996, plusieurs articles de presse
rapportent les propos de Monsieur Paul Foxcroft, directeur de la société qui a
exporté des farines contaminées en France "Dans le petit monde de notre
profession, en 24 heures tout le monde savait, en Europe, ce qui arrivait à nos
produits à risque. Les autorités françaises n'ont d'ailleurs réagit que le
03/08/1989, soit un an après ... elles ont accordées de nombreuses
dérogations d'importation (jusqu'en 1996) sous réserve que ces farines
n'entrent pas dans l'alimentation bovine."
Personne n'est à l'abri !
C'est le
Président de la Chambre d'agriculture du Doubs - Michel Delacroix - qui le
déclare dans l'Est Républicain du 11 novembre dernier avec ce commentaire : “On
savait que le Haut-Doubs ne serait pas épargné. On donne d'ailleurs
souvent plus de compléments dans les
élevages du haut que du bas. De toutes manières, si l'agent de l'infection
est la farine de viande, il y aura des cas détectés partout. Personne n'est à
l'abri même quand on a toujours bien fait son travail. Maintenant il faut
dénoncer et traduire en justice ceux qui ont autorisé l'importation et la
commercialisation de farines de viandes avant 1996 “!!!
Ainsi les dirigeants agricoles
savent, l'aveu est de taille !!!
Ces
éléments mettent en évidence des responsabilités tous azimuts : des politiques
toutes tendances confondues qui ont pris des décisions avec retard, accordés
des dérogations ... des producteurs d'alimentation du bétail, privés ou
coopératifs, qui ont vendu des produits qu'ils savaient à risques, de la FNSEA
syndicat agricole majoritaire qui a depuis 50 ans imposé sa
"politique agricole" ... Cette situation permet de comprendre la
volonté collective de nos "responsables" de minimiser voir de cacher
ces responsabilités.
Il faut
beaucoup de culot à la FNSEA pour manifester afin de faire croire qu'ils sont
des victimes que les consommateurs-contribuables doivent indemniser !!!
Serge GRASS
L’ESB,
une aubaine pour le PNB
omme
chacun le sait, notre bonheur est mesuré à l'aune du produit national brut
(PNB), qui est la somme des transactions quelles que soient leurs finalités.
L'agriculture
intensive et "moderne" démontre l'hérésie de cet outil de mesure.
Cette agriculture n'a une production importante à l'hectare que par l'apport
massif d'engrais, c'est à dire d'énergie transformée. (Il faut 2 litres de fuel
pour produire un kilo d'azote.)
Importer
du pétrole pour produire les engrais contribue au déficit de notre balance
commerciale, aggrave notre dépendance énergétique gaspille des ressources
naturelles.
L'utilisation
massive d'engrais participe largement aux pollutions des nappes phréatiques et
des rivières et contribue à produire en excédent des produits de qualité
discutable quand ils ne sont pas carrément dangereux comme dans le cas de la
vache folle.
L'incitation
à produire, la gestion des surplus, les indemnités compensatoires en cas de
crises sanitaires, font l'objet de subventions.
C'est
ainsi que les valeurs négatives, telles les dépenses d'achat de pétrole, les
coûts de production d'engrais en partie inutiles et que l'on retrouve comme
polluant, les coûts de dépollution, les subventions et indemnisations diverses,
les dépenses médicales induites par l'ESB ... sont additionnées et transformées
en valeurs positives dans notre célèbre PNB. A ces valeurs financières
s'ajoutent la dépendance énergétique, le gaspillage des ressources naturelles
et le déficit de la balance commerciale.
Notre
pétrole vert, grande fierté nationale, n'est donc en grande partie, que l'addition
de valeurs négatives. Nos économistes distingués ayant réussi l'exploit de
faire accepter un nouveau concept mathématique - moins plus moins, égal plus -
qui vaudrait un zéro pointé à un collégien.
Un énorme problème de
déchets
a
consommation de viande, symbole de bien être social dans les pays au niveau de
vie élevé, s’est démocratisée. La production de viande est une
"industrie" qui génère beaucoup de déchets :
• dans les élevages avec les excréments qui
sont d’autant plus difficiles à gérer que les élevages sont concentrés dans
l’espace. Les Bretons le savent, ô combien …
• dans
les abattoirs la viande consommable d’un bovin représente moins de 40 % du
poids de l’animal.
Nourriture de luxe, la viande, c’est miraculeux !
Elle se
recycle à 99% et transforme les vaches en “fontaines à lait”… Au début du siècle les anglais ont recyclé
ces déchets organiques par cuisson. Un produit miraculeux est né : les Farines
de Viande et d’Os (FVO). On les retrouve alors partout dans la vie quotidienne
: fertilisants, savons, vêtements, tanneries, produits de nettoyage,
cosmétiques… Dès 1920 elles sont utilisées dans la nourriture pour bétail.
Bientôt elles entrent aussi dans le secteur agro-alimentaire, (gélatine des
bonbons, glaces, biscuits …) Pour diminuer les coûts de production et augmenter
la valeur nutritive on a abaissé la température de cuisson.
Les
sous-produits bovins sont aussi utilisés dans l’industrie pharmaceutique.
Presque tous les excipients de médicaments, certains vaccins, l’insuline, … en
sont dérivés. La recherche génétique,
et l’industrie qu’elle génère, sont basées sur la culture de cellules en milieu
sérologique bovin.
Jusqu’en
1996, les animaux crevés de différentes maladies étaient aussi utilisés pour
faire des FVO ! Ce recyclage arrangeait tout le monde :
•les pouvoirs publics qui
n’avaient ainsi pas à se préoccuper de ces déchets.
•les équarrisseurs qui
gagnaient beaucoup d’argent dans cette valorisation.
•les producteurs
d’aliments du bétail qui avaient de la matière première à bon marché.
•les éleveurs qui
n’avaient pas à payer l’élimination des cadavres de leurs animaux morts à la
ferme et disposaient de protéines bon marché.
La porte ouverte à toutes sortes de trafics
Avec
l’interdiction de l’utilisation des FVO, l’Angleterre, la France et bientôt
beaucoup d’autres sont et seront confrontées à un insoluble problème de déchets
qui se chiffre en milliers de tonnes et en milliards de francs. Alors que le
volume de ces résidus augmente de jour en jour, qui peut assurer qu’une partie
d’entre eux n’entre plus dans la chaîne alimentaire
Quels
sont les enjeux et les conséquences de cette crise ?
L’enjeu
est d’abord économique : au poids de l’industrie agro-alimentaire s’ajoute
celui des biotechnologies. Les coûts colossaux qu’entraîne l’ESB risquent de
peser sur la croissance des pays de la CEE (équarrissage, indemnisations des
agriculteurs, de l’industrie de la viande, pertes à l’exportation, destruction
des stocks, réorientation de l’alimentation animale, etc…).
De plus,
peut-on supprimer tous les médicaments et traitements impliquant l’utilisation
du matériel bovin ?
Quelles perspectives s’offrent alors à nous, citoyens
consommateurs ?
Il est
temps de regarder la réalité en face : il n’y a pas que les vaches qui sont
folles. Tant que la recherche généralisée du profit maximum restera le pivot de
toutes les activités humaines, les solutions nous échapperont même si, par
notre comportement de consommateur, nous pouvons limiter les dégâts.
Dans
notre vie quotidienne, nous pouvons modifier nos modes de consommation,
notamment alimentaires, en diminuant notre consommation de viandes par la
redécouverte des saveurs et des vertus des protéines végétales.
Dans le
monde agricole, il faudra nourrir le bétail autrement, ce qui deviendra possible
si notre demande de viande diminue .
Tous les jours par nos achats, nous faisons un vote
économique et sociétal !
Contrôles de l’Etat Plaidoyer pour une suspicion légitime
Les cas
d'ESB détectés sont très sous évalués !
En France,
les services qui contribuent aux contrôles de notre alimentation sont la
Direction générale de l’Alimentation sous l’autorité du ministre de
l’Agriculture, la Direction de la Concurrence de la Consommation et de la
Répression des Fraudes sous l’autorité du ministre de l’Economie et des
finances et de la Direction des services sanitaires et sociaux du ministère de
la Santé. Le secrétaire d’Etat à la Consommation a aussi en charge le Commerce
et de l’Artisanat !!! La création de l’Agence Française de la Sécurité Alimentaire
des Aliments (AFSAA) a surtout un rôle de coordinateur de ces services lors de
crise. Autrement dit tous les contrôleurs sont sous l’autorité de ministres
dont la fonction première est de favoriser des activités économiques et bonjour
le sang et l’hormone de croissance contaminés, le poulet à la dioxine, les
vaches cinglées …
Le
ministre de l’agriculture déclarait dernièrement à l'émission de M6 sur l'ESB :
"La France est le pays d'Europe qui fait le plus pour la transparence.
Tout ce que nous faisons nous le faisons avec les producteurs bovins et
laitiers et les transformateurs ... Ces déclarations permettent de mesurer
l'importance que les consommateurs ont aux yeux de notre ministre. Il déclarait
aussi "On surévalue la situation
parce qu'on va chercher les cas en faisant des tests !!!".
Contrairement
aux affirmations du ministre le nombre de vaches atteintes d'ESB est encore
très sous évalué par les tests actuels. La soudaine explosion des cas de vaches
folles que nous connaissons depuis le mois de juillet 2000 n'est pas une
recrudescence spontanée de la maladie, mais la conséquence de la mise en place
de contrôles :
En juin
2000 : retrait de la consommation, avec test systématique, de tous les animaux
présentés pour abattage en urgence. Octobre 2000 : mise en place d'un contrôle
visuel des animaux sur pied. Jusqu'alors les animaux ne faisaient pas souvent
l'objet de contrôle à leur arrivée en abattoir et plus grave, ceux qui étaient
abattus en urgence l’étaient souvent au petit matin avant l’arrivée du
vétérinaire ! Dans ces conditions il ne faut pas être surpris que le nombre de
cas répertoriés ait été très faible, ils n'étaient pas recherchés !
Le business avant les contrôles
Dernièrement,
les inspecteurs vétérinaires ont manifesté pour protester contre leurs sous
effectifs. Et s'il s'agissait d'un choix délibéré de l'administration ? Il faut
savoir que les DDA (comme les DDE) réalisent des prestations de maîtrise
d’œuvre auprès des collectivités locales. La facturation de ces prestations est
intégralement utilisée pour attribuer des primes à la hiérarchie. Dans ce
contexte on est en droit de se demander si cette hiérarchie ne préfère pas créer
des postes de techniciens prestataires de ces services générateurs de primes,
plutôt que de vétérinaires inspecteurs qui assurent les missions régaliennes de
contrôles ... qui fâchent !!!
L'Europe de tous les dangers
Au niveau
européen la situation est tout aussi préoccupante. En 1990 à la Commission
européenne on écrivait dans le cadre de l'épidémie naissante d'ESB : "Il
faut avoir une attitude froide pour ne pas provoquer de réactions défavorables
sur le marché. Ne plus parler d'ESB, ce point ne devrait plus figurer à l'ordre
du jour."(du Comité vétérinaire)... "Nous allons demander
officiellement au Royaume Uni de ne plus publier les résultats de leurs
recherches" ... "Il faut minimiser cette affaire d'ESB en pratiquant
la désinformation. Il vaut mieux dire que la presse a tendance à exagérer"
... Il était interdit aux fonctionnaires de la Direction générale de
l'Agriculture de parler aux journalistes.
Comme
l'ESB fait à nouveau la une de tous les journaux depuis octobre, à défaut de
pouvoir assurer les consommateurs de la qualité de leur alimentation, il faut
les rassurer pour qu'ils reprennent le chemin des rayons de boucherie des
grandes surfaces. Les décisions européennes du 5 décembre 2000 vont dans cette
direction. L'interdiction d'utiliser les poudres de viande comme aliment
pendant six mois seulement, permet de vérifier cette hypothèse. Dans six mois,
on avisera selon l'émoi des consommateurs ...
Consommateur, regarde la loi et ne sois pas rassuré !
La
décision de réaliser des tests “ sur tous les bovins de plus de 30 mois
candidats à l’entrée au marché de la consommation” paraît rassurante : Elle a
pour objet de cacher la réalité de l’état sanitaire des troupeaux. Dorénavant
les animaux suspects, et ceux qui sont abattus à la demande des éleveurs pour
cause de diminution de la demande ou ???, vont directement à l’équarrissage
sans être testés. Ainsi, nous ne connaîtrons plus les troupeaux contaminés.
Cette
décision remet en cause l'arrêté du 9 juin 2000 qui a décidé le contrôle
systématique de tous les animaux abattus en urgence qui a permis de connaître
l’étendue de la contamination.
En
conséquence, les cas détectables vont devenir rarissimes. Ils ne mettront en
évidence que des animaux passés en fraude. Nos gouvernants pourront affirmer
que tout est parfait dans le “meilleur des mondes ” !!! Le sang contaminé
décidément n’a pas servi de leçon.
Ce que nous avons fait
La
succession d'affaires graves dans le domaine de l'agro-alimentaire qui fait
douter de la moralité de certains membres de ces filières met gravement en
cause la volonté politique et administrative de mettre un terme à ces dérives.
Fort de ce
constat, nous avons engagés depuis plusieurs années un certains nombre de
démarches dont une succession de procédures au niveau européen.
Le 2 juin
1997 Antoine WAECHTER écrivait à Lionel JOSPIN qui préparait la formation de
son gouvernement pour lui demander de créer un ministère qui regroupe les
services de l’Environnement de la Consommation et des contrôles. Le futur
premier ministre n’a même pas eu la politesse de répondre à cette proposition.
Au nom du
Mouvement Ecologiste Indépendant, le 6 janvier 1998 Serge GRASS, alors conseiller régional MEI de Franche–Comté,
déposait une plainte à la Commission européenne contre l’Etat français pour ses
carences qui induisent des risques pour la santé publique, l’environnement et
la sécurité des consommateurs qui contreviennent aux objectifs prioritaires
inscrits dans le traité de l’Union européenne :
• assurer un niveau élevé
de santé publique,
• assurer un niveau élevé
de protection des consommateurs,
• protéger l'environnement
pour protéger la santé des personnes et favoriser une utilisation prudente et
rationnelle des ressources.
Cette
plainte, étayée par une centaine de pages de documents, était fondée sur de
nombreux faits notamment :
Selon la
Dépêche Vétérinaire du 8 avril 1995, le ministre de l'agriculture, par
l'intermédiaire du chef de service de la Qualité Alimentaire et des Actions
Vétérinaires de la Direction Générale de l'Alimentation, "
a intimé l'ordre de signer des certificats sanitaires faux, en demandant
d'attester que des contrôles sanitaires ont été réalisés sur les animaux dans
les 30 jours avant l'exportation, même si ce n'est pas le cas!” ( ce qui ,
selon la revue, se produit 9 fois sur 10).
Des
pratiques délictueuses ont eu lieu dans les contrôles vétérinaires aux
frontières du Nord-Est de la France sur une longue période. Informés, les
ministres successifs et la hiérarchie ne sont intervenus que lorsque l'affaire
a été transmise au Procureur de la République : le vétérinaire le plus en cause
percevait illégalement plus de 1,3 millions de francs par an. Trois mois après
sa relaxe, il a été promu officier du Mérite agricole le même jour où celui qui
avait dénoncé les faits a été suspendu de ses fonctions! Un de ces postes
frontière était réputé au point que des transporteurs de bovins qui partaient
du sud de la Hongrie pour se rendre en Espagne faisaient 1000 km de détour pour
avoir le plaisir de payer des contrôles, gratuits ailleurs ??? Durant cette
période des importations massives d'animaux à l’état sanitaire déplorable en
provenance des pays de l'Est ont eu lieu à des prix défiant toute concurrence !
En 1992
une épidémie de listériose due à des langues de porcs en gelée a fait 63 morts
et 22 avortements recensés. La Direction Générale de l'Alimentation ... du
Ministère de l'Agriculture, connaissait le coupable ! Elle n'a pas jugé utile
d'engager des poursuites ... au nom de l'éthique et ... de l'intérêt économique.
La même entreprise a été mise en cause lors de la dernière épidémie de cette
maladie.
Dans le
Doubs, les services vétérinaires n'ont pas retiré du circuit de la consommation
humaine le lait produit par un cheptel reconnu atteint de tuberculose malgré la
réglementation très précise en la matière. Ils ont justifié leur manquement par
“la protection de l'environnement dans lequel le lait aurait été éliminé” !!!
Toujours
dans le Doubs, en novembre 1995, une épidémie de salmonellose qui est à l'origine
de douze hospitalisations et de cinq morts, a été mise sous le boisseau par les
services vétérinaires. Cette affaire a été rendue publique 10 mois après, par
le réseau Eurosurveillance alerté par nos voisins suisses !
L'émission
de la Marche du Siècle du 23 octobre 1996 a montré les conditions effarantes
d'insalubrité dans lesquelles était exploité le dépôt d'équarrissage
d'Avanne-Aveney. Ses eaux résiduaires allaient directement dans le Doubs :
cette installation était contrôlée par les services vétérinaires ... qui
étaient parfaitement au courant de la situation
Alors
qu'il est interdit de traiter des vaches laitières avec de l"IVOMECTINE", car ce toxique
migre dans le lait, il est préconisé par des services du ministère de
l'agriculture dans le cadre de la campagne obligatoire d’éradication du varron
!
Alors que
le "Dinoterbe" - puissant herbicide - est officiellement interdit, il
y a quelques années le ministère de l'agriculture a autorisé la poursuite de
son utilisation pour permettre aux industriels d'écouler leurs stocks !
Et notre
suspicion ne peut que croître quant on apprend dans la "Dépêche
Vétérinaire" du 2/11/1996 que " les vétérinaires inspecteurs du
ministère de l'agriculture réclament une modification de la loi du 13 mai 1996,
car ils s'inquiètent des conséquences pénales auxquelles ils s'exposent
lorsqu'ils certifient sciemment des faits qu'ils savent matériellement inexacts
!!!
Toujours
dans le Doubs, pour lutter contre la prolifération de campagnols, les services
du Ministère de l’agriculture ont engagé une campagne d’empoisonnement qui a
aussi éliminé la presque totalité de la faune sauvage.
Le
ministre de l’agriculture a décidé de mettre en place une expérimentation
grandeur nature de l’insecticide “ gaucho ” sur l’ensemble du territoire
national - sauf deux département - alors que les apiculteurs mettaient en cause
ce produit qui crée des effondrements
de population des ruches.
Après plus
d’un an de silence de la Commission nous avons saisi le médiateur européen.
Cette saisine s’est aussitôt matérialisée par une avalanche de courriers de la
part de la Commission qui a tenter de démontrer que tout est parfait dans le
“meilleur des mondes ”.
Le 14
décembre 2000, en pleine crise de la vache folle, le médiateur nous a fait
savoir que “ son enquête l’amène à
conclure qu’il n’y a pas eu mauvaise administration de la part de la Commission
” et …. qu’il classe l’affaire !!!
Ce que nous allons faire
• Demander la constitution
d'un ministère ayant les contrôles pour vocation exclusive,
• Demander le
rétablissement des tests sur tous les animaux suspects,
• Conformément à la notion
de payeurs-pollueurs, demander la création d'une taxe de corresponsabilité sur
les viandes pour financer les mesures nécessaires à la gestion de la crise actuelle,
• Avec d'autres
associations, sensibiliser les consommateurs sur les conséquences
socio-économiques de leurs choix quotidiens,
• Afin d'arrêter le cycle
infernal de la contamination, demander l'arrêt définitif de l'utilisation des
farines animales dans l'alimentation de tous les animaux, tant que la garantie
de leur innocuité ne sera pas établie de façon certaine. Leur détention par des
producteurs d'aliments du bétail ou des éleveurs devant être considérée comme
un délit,
• Demander l'établissement d'une
liste positive des produits qui peuvent entrer dans la composition de
l'alimentation des animaux.
Le ministère français de l’agriculture accusé de rétention
d’informations
Un rapport confidentiel de
l’inspection général des finances daté de septembre 1996 a été révélé le 29
janvier 2001 par la Lettre de l’Expansion : “ Tout semble s’être passé comme si
les responsables français, notamment ceux du ministère de l’agriculture,
considéraient que l’affaire était purement anglaise et que les contrôles
d’importation ou de fabrication mis en place à l’origine étaient suffisants.
Après les mesures décidées en 1989 et 1990, il faut attendre les développements
du printemps 1996 pour que les administrations centrales déclenchent des
enquêtes plus coordonnées ou plus approfondies. … Les mesures d’interdiction
ont été prises avec retard et elle auraient dû être plus larges dès l’origine …
La coordination à l’intérieur du ministère de l’économie et des finances a été
insuffisante. La coordination entre économie et agriculture a été inexistante …
les représentants du ministère de l’agriculture estimaient que le risque
d’apparition de nouveaux cas étaient infinitésimal … ”
Le
journaliste de conclure : Ce document vient confirmer que jusqu’en 1996 le
dossier de l’ESB aura essentiellement été géré par le ministère de
l’agriculture.
Notre
conclusion : en 2001 rien à changé, c’est toujours le ministre de l’agriculture
seul qui monopolise l’expression sur ce dossier …
Ce même
ministre, au nom de la France c’est à dire en notre nom, ne veut pas d’une
réforme radicale de l’Europe verte. “ Pas question de remettre en cause les
accords conclus en mars 1999 à Berlin où les nouvelles règles de la PAC ont été
fixées jusqu ‘en 2006, nous avons passé un contrat avec les agriculteurs, qui
s’organisent en conséquence…”
C’est beau
cette notion de contrat que l’on respecte coûte que coûte!
(Le Monde
30.01.2001-02-01)
Au nom de la République
Le 8 octobre 1998, le
Tribunal administratif de Besançon a condamné l'Etat français à verser 120 000
F de dommages et intérêts au docteur vétérinaire Robert GOSSEYE en compensation
des sanctions abusives dont il a fait l'objet pour avoir dénoncé "des
pratiques illégales des services de contrôle vétérinaire dans le Haut
Rhin".
Dans son
arrêt, le tribunal considère que "les pratiques dénoncées avaient un
caractère illicite et préjudiciable pour la santé publique ... Monsieur GOSSEYE
impute à juste titre à l'administration un comportement gravement fautif dans
le fait d'avoir toléré, pendant plusieurs dizaines d'années, une pratique du
contrôle vétérinaire aux frontières caractérisée par la perception illicite de
"taxes" destinées à l'enrichissement personnel d'agents exerçant le
contrôle au nom de l'Etat ..."
Les
personnes les plus en cause dans cette affaire scandaleuse n'ont fait l'objet
d'aucune sanction. Mieux elles ont toutes, à un titre ou à un autre, connu de
remarquables promotions ...
Farines
Quand, en 1988, les
Britanniques ont interdit l'utilisation des farines pour alimenter leurs
bovins, les producteurs français ont profité de l'aubaine en rachetant à bas
prix leurs stocks avec l'accord tacite du gouvernement français qui connaissait
les raisons de nos voisins d'Outre Manche. Il faudra un an pour que la France
interdise l'importation de ces farines anglaises. Interdiction qui a fait
l'objet de dérogations jusqu'en 1996 !
En 1998,
la France, premier producteur européen, a produit 23 millions de tonnes
d’aliments du bétail.
Selon
Monsieur Jérôme GALLOT, directeur général de la Consommation, de la Concurrence
et de la Répression des Fraudes, ses services ont réalisé 575 prélèvements sur
la nourriture animale : soit un contrôle pour 40 000 tonnes, ou encore un
contrôle pour 1 600 semi-remorques !
En 1999,
la France a été épinglée par une commission d’urgence de la Commission
européenne qui écrivait dans son rapport : “malgré l’interdiction, 6 % de l’alimentation pour les bovins contiennent
des farines animales”.
Pas cher ?
La quantité d'énergie
nécessaire à la culture d'un kilo de maïs
été
multipliée par 10 entre 1910 et 1982 ! Des circuits aberrants se sont mis en
place : 33% de la poudre de lait produite en France et 50% au niveau européen
sert à nourrir les animaux.
Pour produire 1 protéine de boeuf il faut 10 protéines
végétales!
Pour
un nouveau contrat entre les agriculteurs, la France,
l’Europe et le Monde
a mission
première de l'agriculture est de nourrir les hommes en transformant l'énergie
solaire en biomasse.
Dans les
années 50, la mise en place de la politique agricole avait pour ambition
d'augmenter la production pour permettre l'autosuffisance alimentaire de la
France et de l'Europe et d'assurer le maintien de la classe paysanne.
L'agrandissement des exploitations favorisé par les aides, a conduit à la
disparition massive d'exploitations : 4.000.000 de paysans en 1950, 600.000 aujourd'hui et l'hémorragie continue.
Nous en venons à une agriculture sans agriculteurs ... avec 80% du territoire
menacé de désertification. L'industrialisation de l'agriculture a conduit à une
pollution gigantesque de l'environnement, une standardisation des productions,
une baisse de la biodiversité‚ et à créer de nouveaux risques alimentaires...
Un
demi-siècle plus tard, le résultat est éloquent : la production a été détournée
vers l’export et l’autosuffisance n’existe pas.
La
fonction première de l'agriculture qui était de produire des aliments se tourne
chaque jour un peu plus vers la fabrication de matière première pour les
industries agroalimentaires. L'agriculture est devenue une industrie : les
élevages sont des usines, les animaux, des machines à transformer des
protéines. La biomasse est de plus en plus produite, non plus avec l'énergie
solaire renouvelable et gratuite, mais avec de l'énergie pétrolière pour
produire engrais et pesticides.
Depuis la
fin de la guerre la consommation de viande a beaucoup augmenté. Notre boulimie
carnée a conduit dans un premier temps les pays du tiers monde à produire à bas
prix les protéines, nécessaires pour
nourrir notre bétail au détriment de leurs cultures vivrières. Aujourd'hui,
elle nous rend dépendants des protéines américaines à 75% de nos besoins...
Il est
largement temps de stopper le processus et d’engager l’ensemble de la société,
les agriculteurs/producteurs et les consommateurs (mais aussi le système de
distribution comme nous en parlerons) sur une autre voie.
Les
propositions écologistes sur l’agriculture datent de l’apparition même du
mouvement écologiste : c’est dire si elles ont été réfléchies et débattues ;
beaucoup ont même fait leur chemin. Cependant, modifier les pratiques agricoles
et les comportements alimentaires (sans parler des freins administratifs, des
situations de rente acquises, etc...) est un travail de longue haleine,
toujours à recommencer. Soyons cyniques : la crise actuelle peut permettre une
réorientation complète de l’agriculture : les gens ont peur et sont tout prêts
à modifier leurs comportements ; le système agro-industriel, démythifié et
démystifié par cette crise, n’a plus la légitimité nécessaire pour bloquer les
réformes ; la PAC ne peut plus continuer dans sa version antérieure : elle est
en faillite. C’est le moment !
Nous voulons qu’une agriculture écologique remplace l’agriculture industri