<%@LANGUAGE="JAVASCRIPT" CODEPAGE="1252"%> Y a-t-il un conducteur sur le tracteur ?

Président : Antoine Waechter - Toile : http://www.mei-fr.org

le 6 mars 2004

Agriculture française : y a-t-il un conducteur sur le tracteur ?
UNE MESURE URGENTE : SUPPRIMER LES PRIMES AU MAÏS !

Quel politicien français n’est pas allé se donner en spectacle au 41ème Salon de l’Agriculture, cet « outil de communication entre le monde rural et le monde urbain » ? En revanche, on cherche en vain la moindre prise de position novatrice, alors que la communauté agricole sait fort bien que son modèle de développement agonise et que les modalités pratiques de la réforme de la Politique Agricole Commune, adoptée le 26 juin 2003 à Luxembourg, restent à préciser. Puisque nos gouvernants prétendent avoir arraché la « sanctuarisation » du budget de la PAC jusqu’en 2013, il est urgent de ne fâcher personne ...

La mise en œuvre de l’accord de Luxembourg en 2005-2006 devrait permettre une remise à plat ; au lieu de quoi, nos pouvoirs publics sur la défensive ont obtenu le droit de n’appliquer qu’en partie le découplage entre les aides perçues par l’exploitant et sa production, et s’apprêtent à entériner les avantages acquis par les pollueurs en calculant les aides futures sur la base de celles distribuées entre 2000 et 2002.

Les écologistes indépendants rejettent le productivisme agricole, cette imposture qui conduit à baptiser « rendement » une productivité à l’hectare, sans tenir compte des coûteux intrants. Favorables au « droit des peuples à se nourrir eux-mêmes », ils défendent le maintien de prix intérieurs européens plus élevés que les prix mondiaux, tout en appelant à la suppression des « restitutions » subventionnant les exportations. La justification de cette politique étant la défense de la ruralité et de l’environnement, les subventions nuisibles à cet objectif doivent être supprimées.

La monoculture du maïs est le nœud gordien qu’il nous faut trancher. Cette industrie est associée à la plupart des maux dont souffre notre agriculture. Ces champs monotones servent à nourrir les troupeaux de bovins élevés loin des prés, hors-sol, pour leur lait ou leur viande. Nos paysages n’y ont pas résisté, et leur biodiversité s’est effondrée, du Ried alsacien au marais poitevin quasiment disparu sous la présidence régionale de M. Raffarin. Bien des problèmes sanitaires sont liés à la maïsiculture : pesticides toxiques pour les abeilles et l’homme (fipronil, imidaclopride, atrazine, triazines ...), avancée des OGM résistant aux herbicides ou secrétant un insecticide (contre la pyrale, ou la chrysomèle débarquée des USA). On s’en passerait fort bien dans le cadre d’une agriculture diversifiée pratiquant les rotations.

Le changement climatique nous invite aussi à ne plus encourager une culture si gourmande en eau. Le cas du bassin aquitain est emblématique : lors de la canicule d’août 2003, la Garonne était presque transformée en oued ! On entend pourtant les « responsables » régionaux disserter sur le « déficit structurel en eau » du bassin, directement lié à l’irrigation du maïs ! Evidemment, ce n’est pas par hasard : ainsi, le président du Conseil Economique et Social d’Aquitaine est l’ancien président de la très influente Association Générale des Producteurs de Maïs. Moyennant quoi, les bons apôtres de la fuite en avant réclament à cor et à cri la construction de barrages-réservoirs, tel celui de Charlas (110 millions de m3, 600 ha noyés, digue de 60m de hauteur, 300 millions d'euros).

Subventionner le maïs disqualifie les discours gouvernementaux sur le « développement durable ». Ces subventions représentent 28% de la valeur produite. Voici quelques exemples édifiants, pris dans le bassin aquitain, des primes à l'hectare PAC versées aux agriculteurs en 2003 : Haute-Garonne : maïs irrigué : 465,92 euros, maïs sec : 298,83 euros ; Gers: maïs irrigué : 472,64 euros, maïs sec : 311,72 euros ; Hautes-Pyrénées: maïs irrigué : 550,62 euros, maïs sec : 390,73 euros ; Pyrénées- Atlantiques : maïs irrigué : 555,03euros, maïs sec : 420,16euros. Une paille !

C’est pourquoi le Mouvement Ecologiste Indépendant appelle solennellement Jacques Chirac, au nom de ses engagements en faveur de l’agriculture et en faveur de l’environnement, à prendre position pour la suppression totale en deux campagnes agricoles (2005-2006), de l’ensemble des primes et subventions à la production du maïs.

Michel LAVAL
Vice-Président du M.E.I. pour l’Environnement
Contact : 01 45 11 82 11