Paris le 30 décembre 1999

 

Qui sème le vent récolte la tempête

 

Les ouragans qui sèment la désolation dans de nombreuses régions du globe et qui viennent de balayer la France sont alimentées par l'effet de serre. Ce constat est devenu un lieu commun mais encore faut-il en tirer toutes les conséquences.

 

Le pétrole qui souille nos côtes ne doit pas tout à l'affrêteur de l'Erika. Cet événement et le précédent ont en effet un point commun, la voiture, à laquelle le siècle qui s'achève a tout sacrifié : la stabilité du climat, la vie de la mer, l'air des villes, des centaines de milliers d'hectares d'espace fertile et jusqu'au droit de chacun à un minimum de silence .

 

Le véhicule à moteur a dessiné le XXème siècle. L'explosion des mobilités motorisées constitue un défi pour le siècle à venir.

 

Or, les négociations du contrat de plan entre les Départements, les Régions et l'Etat démontrent que la classe politique française n'a rien retenu de cette leçon : une fois de plus, l'essentiel des moyens sera consacré à la route et à l'avion, c'est-à-dire à semer les prochaines tempêtes et les prochaines marées noires. Etonnante mais habituelle schizophrénie du monde politique qui s'engage à réduire notre production de gaz à effet de serre, déplore le sable et les oiseaux mazoutés mais poursuit le programme autoroutier comme si de rien n'était et continue à organiser une demande soutenue en produits pétroliers.

 

Si, de longue date, "Administrer c'est prévoir", il est fini le temps des effets d'annonce et des habiles tergiversations. Avec celui des cataclysmes imprévus quoique prévisibles, le temps est venu de la lucidité, de la conviction et du courage politiques.

 

Antoine Waechter