
Un échec
programmé dès l’origine :
« On ne sort de
l’ambiguïté qu’à ses dépens », écrivait voici plus de trois siècles le
Cardinal de Retz. Les « Verts » de Dominique Voynet en font aujourd’hui une
fois de plus l’amère expérience. La confusion qu’ils ont contribué à entretenir
dans le domaine de la fiscalité écologique se retourne en effet contre eux. Les
véritables enjeux de la réforme n’ayant pas été expliqués en 1997 et 1998 par
ses auteurs trop occupés à claironner leur victoire illusoire, les libéraux de
Bercy peuvent prendre appui sur la censure du Conseil Constitutionnel pour
renoncer à l’extension de l’écotaxe, après s’en être servi pour parvenir à
leurs fins.
Fiscalité écologique et
écotaxe, Taxe Générale sur les Activités Polluantes (T.G.A.P.), taxe
carbone-énergie : non, ces termes ne sont pas synonymes ! Il y a une grande
différence entre :
·
d’une
part les émissions polluantes des entreprises et autres acteurs économiques,
préjudiciables à la santé (à court ou moyen terme) des humains et des êtres
vivants,
·
et
d’autre part les émissions de gaz à effet de serre, pour la plupart non ou peu
polluants, mais causes du réchauffement climatique planétaire déjà engagé,
irréversible à moins de mesures drastiques !
La T.G.A.P. concoctée par le Ministère de l’Aménagement du
Territoire et de l’Environnement affichait tant d’objectifs qu’elle en devenait
illisible.
Unifier en une taxe unique d’anciennes taxes éparses, dont le produit allait le
plus souvent à des agences environnementales telles l’ADEME. Adresser un signal
au marché pour favoriser la réduction de l’effet de serre, conformément aux
engagements pris à Kyoto. Sans oublier … le financement des 35 heures (à
hauteur de 3,5 milliards de Francs) !
Dans un premier temps Bercy
a laissé faire car il y trouvait son intérêt. En effet, le produit des taxes parafiscales
auxquelles s’est substitué la T.G.A.P. était affecté à des dépenses de
sauvegarde et de restauration de l’environnement. La T.G.A.P., elle, est versée
au budget général de l’Etat : quoi qu’on en dise, son produit n’est pas
affecté, mais débattu chaque année dans le cadre des négociations budgétaires.
Bercy ayant atteint son objectif, le renforcement de ses pouvoirs, la T.G.A.P.
ne lui est plus utile ! Cela tombe bien : les contribuables ne voient
pas à quoi servira leur argent et sont en droit de mettre en doute les
déclarations du gouvernement à ce sujet, et de suspecter une augmentation de la
pression fiscale.
La taxe carbone-énergie n’a
pas avancé en quatre années de gouvernement de la « gauche
plurielle ». Le gaz carbonique CO2, non polluant, est pourtant la
première cause de l’augmentation de l’effet de serre, pour 50% environ ;
de nombreuses autres substances y contribuent également. C’est pourquoi il faut
taxer, non seulement les émissions de gaz carbonique, mais aussi toutes les
autres : il est donc plus simple en dernière analyse de taxer toutes les
consommations d’énergie. Depuis 1997, on hésite sur la taxation de
l’électricité (en bonne partie nucléaire) et sur l’exonération des industries
grosses consommatrices. Aujourd’hui Laurent Fabius parle d’engagement
volontaire des entreprises (on sait que ça ne marche pas), et de mise en place
d’un marché national de crédits d’émission (une proposition qui suscite des
affrontements idéologiques, mais suppose surtout pour fonctionner des moyens de
contrôle dont l’Etat est loin de disposer).
Il n’y a pas si longtemps, à
gauche, les communistes évoquaient les « imbéciles utiles », qu’ils caressaient dans le
sens du poil pour obtenir leur soutien, tout en les méprisant secrètement.
Aujourd’hui, tant les socialistes que la droite agissent de même pour racoler
les écologistes de toutes obédiences. Mme Voynet a su démasquer « la
droite, dont les actes sont en complète contradiction sur le terrain avec le
discours du chef de l’Etat ». Il lui reste à faire preuve de la même
lucidité en ce qui concerne la gauche !
Michel Laval
Vice-Président national à l’Environnement,
22 Bis Quai du Barrage, 94340
Joinville-le-Pont
Tél & Fax : 01 45 11 82 11