
le 17/11/1999
Publication du Rapport Patriat :
La chasse à l'Etat de droit est ouverte !
Le Mouvement Ecologiste Indépendant a pris connaissance des propositions du rapport du député Patriat et s'indigne qu'on puisse y voir l'instrument d'une pacification entre chasseurs et écologistes. « Couper la poire en deux » n'est pas une solution pérenne, lorsqu'un côté se bat en s'appuyant sur le droit, tandis que l'autre le piétine.
Quelques bons points doivent être reconnus : tout d'abord le droit pour les propriétaires à « l'objection cynégétique » et l'interdiction de la chasse le mercredi (mais quid du dimanche ?). Ensuite et surtout, le maintien de dates d'ouverture et de fermeture de la chasse, alors que les chasseurs extrémistes de C.P.N.T. réclamaient leur complète suppression au profit de quotas dont chacun sait qu'ils auraient été incontrôlables. Rappelons que le président de la fédération des Pyrénées-Atlantiques (M. Saint-Josse) recommandait déjà par circulaire à ses troupes de noter leur tableau de chasse … au crayon noir !
Il n'en demeure pas moins que les dates proposées pour la chasse au « gibier d'eau », c'est-à-dire à des oiseaux le plus souvent migrateurs (du 10 août au 10 février) compromettent la survie des espèces, et donc la pratique durable de leur chasse elle-même. Rappelons que le rapport Patriat n'est que le second rapport officiel récent prétendant apporter une réponse à cette controverse, et que le rapport du professeur Lefeuvre, publié le 30 septembre dernier, préconisait, lui, une ouverture limitée du 1er octobre au 31 janvier. Qui doit-on écouter, le politicien qui a cherché le point d'équilibre entre les divers lobbies, ou le scientifique qui s'est prononcé à partir de sa connaissance du terrain ? Pour le M.E.I., l'Etat démissionne si, lorsque l'intérêt général (déterminé dans le cas présent par l'expertise scientifique) l'impose, il ne résiste pas au lobby le plus fort !
Or les fédérations de chasse, issues des « sociétés départementales des chasseurs » créées par Pétain (ordonnance du 28/06/1941), gèrent une taxe parafiscale : les timbres payés obligatoirement chaque année par tous les chasseurs. Leurs présidents sont d'abord élus par un Conseil d'Administration, puis nommés par le Préfet. Cela n'empêche pas certains d'entre eux de faire campagne contre les lois de la République, ni même de faire financer par leur fédération un parti politique, ce qui relève de l'abus de biens sociaux. L'absence de réaction des pouvoirs publics trahit la dérive féodale de notre pays. L'indispensable réforme de la chasse devrait impérativement faire cesser cette confusion des genres.
Si le Gouvernement persiste dans la voie de la veulerie et de l'hypocrisie, allant jusqu'à légaliser la chasse de nuit, il renforcera le courant extrémiste qui a pris le dessus dans les milieux cynégétiques. Une chasse écologiquement responsable est pourtant possible. Le dialogue entre toutes les parties est nécessaire, et d'autant plus que les chasseurs sont loin d'être les seuls responsables des atteintes aux milieux naturels. Ce dialogue ne pourra être rétabli que sur la base du respect du droit et des données scientifiques.
Michel LAVAL
Vice-président « Environnement » du M.E.I.
Tél & Fax : 01 45 11 82 11
Courriel : mlaval@capgemini.fr