le 21 Mai 2000

 

Le colza contaminé qui cache la forêt

 

Le Mouvement Ecologiste Indépendant n’est nullement surpris de l’annonce d’une contamination par les O.G.M. d’une fraction minime du colza semé en France cette année. L’une des raisons principales de notre opposition constante à toute culture de plantes transgéniques est précisément le caractère inévitable de la contamination des variétés traditionnelles par le pollen des variétés transgéniques, possible à des kilomètres de distance grâce au vent et aux insectes, comme les abeilles. C’est bien ce qui s’est passé avec les graines censées être exemptes d’O.G.M. d’Advanta Seeds, importées par cette filiale de la multinationale AstraZeneca du Canada, où la moitié des cultures de colza sont transgéniques.

Les Ecologistes Indépendants s’associent aux demandes de destruction des 600 hectares contaminés, opération qui devra être accompagnée de l’indemnisation des agriculteurs concernés, aux frais d’Advanta Seeds. Un désherbage des parcelles devra être effectué afin d’éviter les repousses, et une recherche d’ADN transgénique entreprise à proximité des champs incriminés, chez les plants de colza traditionnels et les crucifères sauvages, les assurances sur la stérilité du gène transféré étant sujettes à caution. Ces mesures d’urgence doivent être accompagnées d’une généralisation des tests de contrôle des semences importées, particulièrement des pays où les cultures O.G.M. ont une grande extension, comme le Canada et les U.S.A. L’Allemagne met déjà en œuvre cette mesure de bon sens. Faute de quoi l’opinion publique serait fondée à conclure que les déclarations de ces derniers jours ne sont qu’une réponse cynique aux médias, dont l’intérêt a été avivé par les divergences initiales entre d’un côté le Ministère de l’Agriculture, qui niait comme à son habitude l’existence d’un problème, et de l’autre le Ministère de l’Environnement et le secrétariat à la Consommation, qui une fois n’est pas coutume ont assumé leurs responsabilités.

Le Mouvement Ecologiste Indépendant doit mettre en doute la sincérité de certaines réactions indignées dans cette affaire. Le Ministère de l’Agriculture n’avait pas entièrement tort lorsqu’il soutenait que 600 hectares de colza en faible partie transgénique (sur un total de 1,2 millions d’hectares de colza cultivés en France) ne constituent pas un vrai problème de santé publique : il s’agit avant tout d’un problème de pollution de nos campagnes par les O.G.M. Or chaque année, des centaines de cultures transgéniques " expérimentales " sont autorisées par le Ministère de l’Agriculture avec l’accord de celui de l’Environnement ! En 1999, le Mouvement Ecologiste Indépendant a recensé 79 de ces parcelles " expérimentales " de colza O.G.M., semées par les multinationales agro-alimentaires et insuffisamment contrôlées par les services de l’Etat. Ces mêmes services sont en revanche bien plus efficaces pour garder secrète la localisation de ces parcelles, au mépris de la Loi ! Le colza transgénique est rarement détruit avant floraison, ce qui a permis à la plupart de ces parcelles de contaminer les champs voisins, sur plusieurs kilomètres de distance. Cette alerte, sans doute la première d’une longue série, fait oublier que le cauchemar a déjà commencé ! Les crises médiatiques favorisent le double langage des politiciens : il n’est pas interdit de ne pas être dupe.

 

Michel LAVAL, Vice-Président national à l’Environnement du M.E.I., 01 45 11 82 11