
St Nazaire, le 23 décembre 1999
Marée noire
Le naufrage du pétrolier ERIKA et la marée noire qui, à nouveau frappe notre façade atlantique révèlent des incohérences et des insuffisances qui devraient interpeller le gouvernement à plusieurs égards.
En premier lieu, comment ne pas s'étonner du laxisme des procédures de certification des navires ? Si quelques états européens disposent d'organismes certificateurs compétents et rigoureux, leur exigence ne concerne qu'une flotte très minoritaire.
La plupart des centaines de navires qui croisent quotidiennement le long de nos côtes sont autorisés à naviguer par d'obscures sociétés privées dépendantes des armateurs et la vigilance exercée dans les ports d'escale français par les affréteurs ou les Affaires Maritimes est purement théorique.
Quant au fameux "rail d'Ouessant", il est certes très utile pour éviter les collisions mais pour ce qui est des poubelles flottantes, il fait plutôt figure de Ligne Maginot.
En second lieu, ces bateaux naviguent le plus souvent sous pavillon de complaisance. Quand, à juste titre le gouvernement "pluriel", crie haro sur ce statut politiquement incorrect, peut-il faire oublier qu'il a lui-même crée en 1997 un pavillon Kerguélen qui n'est rien d'autre que de complaisance ?
Enfin, il est ahurissant de constater le caractère dérisoire des moyens disponibles - tous pays européens confondus - pour faire face aux conséquences de ce naufrage. Le fuel lourd de l'ERIKA n'est pas un invité surprise : c'était déjà la cargaison du Tanyo naufragé en mars 1980 devant la pointe de Bretagne. On sait donc depuis vingt ans quelle résistance il oppose au pompage.
Quand Madame Voynet, Ministre de l'environnement, reviendra de vacances, le Mouvement Ecologiste Indépendant lui suggérera d'utiliser au mieux le peu d'influence qu'elle a au gouvernement pour obtenir dans les meilleurs délais :
1. l'obligation d'un agrément international - à tout le moins européen - pour tous les organismes certificateurs, qu'ils soient publics ou privés,
2. la mise en chantier d'une flotte d'intervention capable de faire face à tous les types connus de pollutions massives,
3. une surveillance stricte, dans les ports et en haute mer, des navires suspects ou connus pour leur dangerosité.
Jean-Roland Lasalle